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Doctrine traditionnelle

La lecture de Pastor Æternus manifeste la doctrine suivante : l’Église, par institution divine, est une monarchie, mais une monarchie tempérée. Soulignons les points les plus importants.

Le Pape est seule tête de l’Église.

Il est le seul sujet du pouvoir de juridiction suprême et plénier sur toute l’Église : « c’est au seul Simon Pierre que Jésus, après sa résurrection, conféra la juridiction de souverain pasteur et de chef suprême sur tout son troupeau » . Le Concile œcuménique peut, certes, porter des décrets infaillibles ; mais ils ne le sont qu’en vertu du pouvoir du Souverain Pontife : « Les décrets du concile n’ont force obligatoire qu’après avoir été confirmés par le Pontife Romain et promulgués sur son ordre. »

Il s’agit d’une monarchie tempérée.

Sous le Pape, les évêques possèdent un pouvoir de juridiction subordonné et restreint : « Ce pouvoir du Souverain Pontife ne fait nullement obstacle au pouvoir de juridiction épiscopal ordinaire et immédiat, par lequel les évêques […] paissent et gouvernent en vrais pasteurs chacun le troupeau à lui confié. Au contraire, ce pouvoir est affirmé, affermi et défendu par le pasteur suprême et universel. »

Le Pape peut exercer son pouvoir suprême de deux manières.

Comme tête du corps épiscopal dispersé

« De ce pouvoir suprême qu’a le Pontife romain de gouverner toute l’Église résulte pour lui le droit de communiquer librement, dans l’exercice de sa charge, avec les pasteurs et les troupeaux de toute l’Église, pour pouvoir les enseigner et les gouverner dans la voie du salut. »

Comme tête du corps épiscopal rassemblé : en Concile

« Les Pontifes romains, selon que l’exigeaient les conditions des temps et des choses, tantôt convoquèrent des conciles œcuméniques ou sondèrent l’opinion de l’Église répandue sur la terre, tantôt par des synodes particuliers, tantôt grâce à des moyens que leur fournissait la Providence, ont défini qu’on devait tenir ce qu’ils reconnaissaient, avec l’aide de Dieu, comme conforme aux saintes Lettres et aux traditions apostoliques. »

Cette citation, de même que tout son contexte, manifeste bien que le Concile est l’une des formes d’exercice de l’unique pouvoir du Souverain Pontife.

Doctrine de Vatican II

Là encore, relevons les points essentiels.

Le Pape a le pouvoir suprême et plénier sur toute l’Église.

Ce point ne fait pas difficulté . Vatican II se réfère ici explicitement à Vatican Ier : « Cette doctrine du primat du Pontife romain et de son infaillible magistère, quant à son institution, à sa perpétuité, à sa force et à sa conception, le saint Concile à nouveau la propose à tous les fidèles comme objet certain de foi. »

L’Ordre des évêques, en union avec le Pape et jamais sans lui, constitue lui aussi un sujet du pouvoir suprême et plénier.

Tout le problème vient de ce lui aussi : Lumen Gentium pose, en plus du Souverain Pontife, un deuxième sujet du pouvoir suprême, le collège épiscopal (d’où le nom de collégialité donné à cette doctrine). Non que ce deuxième sujet soit indépendant du Pape (comme si, dans un État, on avait d’une part un monarque capable de porter des décrets à lui seul, et d’autre part un parlement indépendant de ce monarque et jouissant des mêmes pouvoirs) : il n’a ce pouvoir qu’en union avec le Pape et jamais sans lui. Ceci a donné lieu à trois interprétations.

Un seul sujet du pouvoir suprême : le collège épiscopal, dont le Pape est la tête.

Selon cette interprétation, qui fut celle des théologiens les plus progressistes (Congar, Rahner…), l’Église serait comparable à un état gouverné par une assemblée, laquelle aurait à sa tête un président. Cette assemblée (ici le collège épiscopal) serait le véritable sujet du pouvoir, mais son président (ici le Souverain Pontife) aurait la faculté d’agir au nom de celle-ci. Afin de contrer une telle interprétation, Paul VI fit ajouter, avant la constitution Lumen Gentium, une note explicative préliminaire insistant sur le pouvoir personnel du Souverain Pontife.

Un seul sujet du pouvoir suprême : le Pape, qui peut s’aider du collège épiscopal.

Cette interprétation est, au contraire, celle des théologiens les plus conservateurs, qui corrigent l’ambiguïté du texte dans un sens traditionnel : l’Église est assimilable à une monarchie où le monarque (ici le Pape), qui jouit seul du pouvoir suprême, s’entoure, dans l’exercice de ce pouvoir et selon les circonstances, de conseillers (les évêques). Elle s’accorde difficilement, toutefois, avec le sens obvie du texte : si le collège épiscopal n’est pas un sujet distinct du Souverain Pontife, pourquoi affirmer qu’il est lui aussi sujet du pouvoir suprême ? Personne, pour reprendre notre analogie, n’irait dire que le conseil du monarque jouit lui aussi du pouvoir suprême ; on dira bien plus proprement que le monarque fait participer son conseil au pouvoir qu’il est seul à posséder.

Deux sujets du pouvoir suprême : le Pape seul d’une part, le collège épiscopal d’autre part.

C’est la façon la plus évidente de comprendre le texte de Lumen Gentium, et l’opinion commune des théologiens modernes. L’Église serait assimilable à un État qui serait gouvernée par deux instances suprêmes : le monarque d’une part, et d’autre part une assemblée dont le président serait le monarque lui-même. C’est ce qui ressort de la note explicative : « En d’autres termes, la distinction n’est pas entre le Pontife romain et les évêques pris ensemble, mais entre le Pontife romain seul et le Pontife romain ensemble avec les évêques. » L’Église ressemblerait donc à un corps ayant deux têtes, mais deux têtes dont l’une dépendrait de l’autre.

Le problème est précisément que ceci est incompatible avec l’enseignement de Pastor æternus, comme quoi « c’est au seul Pierre que Jésus, après sa résurrection, conféra la juridiction de souverain pasteur et de chef suprême sur tout son troupeau […]. Cette doctrine si claire des saintes Écritures se voit opposer ouvertement l’opinion fausse de ceux qui, pervertissant la forme de gouvernement instituée par le Christ notre Seigneur, nient que Pierre seul se voit vu doté par le Christ d’une primauté de juridiction véritable et proprement dite, de préférence aux autres Apôtres, pris soit isolément soit tous ensemble » ; et si le texte garde une certaine ambiguïté, cette ambiguïté même est problématique dans un texte destiné à clarifier l’enseignement de l’Église.

Conséquences pratiques

En analysant le texte, on serait tenté de se demander si, en pratique, cela bouleverse beaucoup le gouvernement de l’Église. Et pourtant : « C’est une réforme qui touche tous les diocèses, qui sont donc tous intéressés directement au gouvernement de l’Église. Nous assistons donc par conséquent, maintenant, à une secousse sismique qui ébranle toute la chrétienté, et qui aura des conséquences que tout le monde pourra percevoir. »

Les conséquences directes de cet enseignement ont atteint le pouvoir du Pape, mais aussi le pouvoir des évêques.

Diminution du pouvoir du Souverain Pontife

Bien que, en théorie, le pouvoir personnel du Pape soit réaffirmé, il reste que, en pratique, il est affaibli par la présence d’une sorte de “concile permanent”. Paul VI a ainsi instauré, en 1965, une nouvelle entité, le synode des évêques ; celui-ci siège régulièrement, et a secrétariat permanent auprès du Saint-Siège.

Là encore, l’analogie avec le pouvoir civil laisse entrevoir les difficultés pratiques : si un monarque n’est pas seul à jouir du pouvoir suprême, mais partage ce pouvoir avec une assemblée (étant admis même qu’il en soit le président), l’exercice de son pouvoir sera, dans les faits, entravé. L’application du Motu Proprio de Benoît XVI en France montre quelles difficultés le Pape peut parfois rencontrer ; dans la même ligne, les évêques de Suisse ont mis 8 ans à faire appliquer le décret du Pape Jean Paul II interdisant les absolutions collectives.

Diminution du pouvoir de l’Évêque dans son diocèse

Une autre conséquence de la collégialité a été l’institution, dans chaque pays, de conférences épiscopales (canons 447 à 459 du nouveau Code). Celles-ci constituent un nouvel organe de gouvernement au-dessus de l’Ordinaire diocésain, et atténuent donc son pouvoir personnel.

Mais l’enjeu véritable de cette question ne nous apparaîtra que si nous la replaçons dans le dessein de la Providence : « Car le Saint Esprit n’a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu’ils fassent connaître, sous sa révélation, une nouvelle doctrine, mais pour qu’avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidèlement la révélation transmise par les Apôtres, c’est-à-dire le dépôt de la foi. » En ces temps troublés où ceux qui devraient nous éclairer travaillent au contraire à obscurcir le dépôt de la foi, ne manquons pas de prier pour que Dieu nous la conserve, et qu’il ramène à leur devoir les pasteurs à qui il a confié son troupeau !

Source : Abbé Jacques Peron

Le problème de la collégialité par Austremoine le 13-02-2013 (22:52:33)
    Très instructif par Alonié de Lestres le 15-02-2013 (19:23:11)

 

 

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